Les granges foraines dans le Pays de Lourdes, et en basse montagne pyrénéenne 

Les granges foraines sont des granges-étables éloignées de l'habitation et du siège de l'exploitation. Autrefois indispensables au fonctionnement des fermes d'élevage, ces granges doivent être considérées comme faisant partie de notre patrimoine paysager et environnemental.

  • Ancienneté des granges foraines : informations fournies par les plans cadastraux
Sur les plans cadastraux napoléoniens de 1809 on peut constater que certaines granges que nous connaissons y figurent déjà mais beaucoup ont été construites au XIXe siècle et d'autres ont disparu. On trouvera ci-joint une reproduction du plan cadastral napoléonien de Lézignan élaboré dans le cadre du document d'urbanisme PADD ;  les liens d'accès aux documents sources des Archives départementales, à Tarbes, sont : Plan cadastral napoléonien de Bourréac et Plan cadastral napoléonien de Lézignan. Ils permettent de retrouver l'emplacement de granges aujourd'hui disparues ainsi que les transformations subies par l'espace bâti au sein des villages. Une autre source d'information, bien que de lecture moins commode voire difficile, réside dans l'inventaire général de la richesse terrienne qui fût réalisé en 1738-1741 pour la seule Baronnie des Angles, il est conservé aux Archives départementales de Pau. De la confrontation de cet inventaire avec le plan cadastral napoléonien on peut déduire que beaucoup de ces granges pourraient avoir été construites après la date de l'inventaire, donc dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle.
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Plan cadastral napoléonien de Lézignan de 1809

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Extrait de l'arpentement de la Baronnie des Angles (1738) concernant les noms de lieux de Bourréac (Bourriac) et Récahorts (Roquehort). 

  • Les granges foraines et les conditions de l'élevage autrefois
Ces granges ont été conçues pour éviter de transporter au siège de l'exploitation le foin et le regain des prés attenants à la grange, face aux risques que la traction animale de chars de foin pouvait faire courir sur des terrains pentus et des chemins peu praticables. Elles sont donc situées dans des prés, ou en limite de pré. La litière était souvent fournie par les fougères séchées provenant des landes toutes proches, voire par les feuilles des châtaigneraies, la paille des céréales étant réservée au siège de l'exploitation. Elles s'imposaient aussi lorsque les activités d'élevage étaient trop contraintes dans nos villages à habitat groupé. Cette exploitation allait donc de pair avec un important travail itinérant et quotidien pour le soin aux animaux répartis entre les différentes granges et pour le transport à dos d'homme de bidons du lait de brebis (race ovine Lourdaise) ou de vache (race bovine Lourdaise) récolté sur place.
Cliquez pour agrandir l'imageLes granges foraines et l'exploitation des landes communales et intercommunales
Les granges foraines ne se situent pas dans l'étage montagnard de transhumance. Elles restent dans le périmètre des activités ordinaires et quotidiennes de l'exploitation depuis le village. Beaucoup se situent à la limite des terres exploitées en bien propre et des vastes territoires communaux indivis, les landes ou serres,  aujourd'hui largement convertis en herbages ou terres de culture sur Bourréac, Julos et Lézignan. Ces landes étaient autrefois des pacages exploités collectivement auxquels avaient accès les animaux logés la nuit dans la grange foraine où certaines femelles étaient soumises à la traite. La photo ci-contre montre une grange proche de l'altisurface d'Artigues, avec le pré qui la jouxte. Juste à l'arrière se trouvent les vastes étendues des landes d'Artigues et de Sère-Lanso. Cette proximité n'était pas sans risques, à l'époque des écobuages. Nombre de ces granges ont été ainsi détruites par incendie comme ce fût le cas pour la grange Azens au Courès, au dessus de Sendac, en 1960.
La conception générale des granges foraines est la même que celle des granges-étables présentes sur le siège d'exploitation, dans le village, tout en ayant un moindre volume. Elles comprennent deux parties : le fenil à l'étage, une étable ou une bergerie en rez de chaussée, le nombre d'animaux logés variant selon l'espace disponible et la quantité de fourrage récolté et stocké. Certains bâtiments, de plus grand volume, ont une partie habitation et une partie étable avec fenil,  ce sont d'anciennes métairies. Le métayage était un mode de faire valoir indirect, aujourd'hui disparu et remplacé par le fermage, dans lequel le métayer partageait le produit de la métairie avec le propriétaire agriculteur, lequel exploitait directement les terres les plus proches de son exploitation. Une même exploitation pouvait avoir plusieurs bordes, les plus grosse exploitations, dans le Pays de Lourdes, pouvaient avoir une ou deux métairies. La métairie de Maisongrosse qui porte le nom de la ferme importante de Sarsan à laquelle elle était autrefois rattachée en est un exemple.
  • Matériaux et architecture
La proximité des matériaux
Ces granges ont été construites bien souvent par les agriculteurs eux-mêmes avec le concours d'artisans locaux pour la couverture. La notion de proximité est essentielle. La construction a donc fait appel aux matériaux locaux et les plus proches. Les pierres étaient trouvées sur place ou charroyées à l'occasion de l'épierrage des champs. La structure morainique du terroir cultivé du Pays de Lourdes nous rappelle que ces pierres et roches siliceuses variées furent déposées il y a 30 000 à  40 000 ans par les glaciers qui descendaient de la montagne. Elles sont liées dans le mur avec l'argile que l'on trouve sous le dépôt morainique. L'eau nécessaire au malaxage était fournie par les multiples sources et points d'eau en relation avec l'assise argileuse et schisteuse profonde. Les ardoises provenaient des ardoisières nombreuses dans le Castelloubon et à Batsurguère mais d'autres, plus proches encore mais de moindre importance, ont du être mises à contribution, comme celles dont on peut voir les restes dans des fougeraies entre Lourdes et Julos.
Cliquez pour agrandir l'imageLe bois de chêne ou de frêne était utilisé pour la charpente. Les châtaigners fournissaient le bois des voliges qui étaient produites dans les nombreuses scieries hydrauliques, comme celle qui a été conservée à Ourdis Cotdoussan (photo ci-jointe du 01/01/2010). Ce bois très tannique n'est pas attaqué par les insectes, mais le tanin avec le temps finissait par attaquer les clous fixant les ardoises.
Une architecture fonctionnelle
L'alignement des animaux face aux râteliers le long du mur dicte en partie la disposition en longueur qui est celle de tout bâtiment d'élevage. L'implantation tenait compte des contraintes locales, notamment de l'accès ainsi que la déclivité et de l'orientation du terrain. Beaucoup de ces granges ont un long pan de toiture au sud.  La hauteur de la toiture et de la pente qui en découle sont à rapporter non seulement à la pluviosité locale, à la facilité du déneigement, à l'écoulement nécessaire pour la conservation des ardoises, mais aussi au fait qu'une telle surface sombre ainsi orientée face au soleil facilitait la finition du séchage du foin et du regain en grange lorsque les conditions l'imposaient. L'indispensable évacuation de la vapeur d'eau résiduelle était assurée par des ouvertures en toiture, les outeaux, le tirage étant créé par l'admission d'air en partie basse via les ouvertures au dessus des râteliers, ce qui, en même temps assurait le renouvellement d'air indispensable à la santé des animaux.
Avec ou sans coyau
Cliquez pour agrandir l'imagePar coyau on entend l'élément de charpente fixé en partie basse d'un chevron et le prolongeant sur la saillie de l'entablement afin de rejeter les eaux de pluie loin de la maçonnerie. Le coyau a pour effet d'adoucir la pente du versant du toit au niveau de l'égout. Le terme qui désignait à l'origne une pièce de bois désigne par extension la partie basse de la toiture à pente plus faible.
Cette configuration est celle que l'on retrouve sur les granges et les maisons bigourdanes les plus anciennes (avant 1900). Elle est aujourd'hui considérée comme participant à leur esthétique architecturale au point qu'on la retrouve dans des maisons neuves qui reproduisent des canons architecturaux antérieurs.  La photo ci-jointe montre que dans le cas présenté la disposition des chevrons impose la présence des coyaux pour la protection des murs. Mais cette raison fonctionnelle n'exclue pas un choix esthétique qui a pu être voulu aussi par les concepteurs.
Cliquez pour agrandir l'imageCertaines granges foraines ont une toiture avec coyau mais la plupart n'en ont pas. Or la toiture droite dans sa simplicité ne compromet nullement l'esthétique d'ensemble d'un bâtiment qui, par nature et par destination, doit rester modeste comme le montre cette photo de grange prise le 31 décembre 2009 entre Cheust et Ourdis Cotdoussan.
  • La grange et le frêne : une proximité chargée de sens
Cliquez pour agrandir l'imageLe frêne est un arbre noble en zone de montagne en même temps qu'il est un excellent matériau de chauffage mais sa présence fréquente à proximité de la grange, et son maintien à cet endroit, obéissent évidemment à d'autres considérations. Implanté à l'ouest de la grange, on citera un effet brise-vent, mais il ne faut pas oublier que le feuillage du frêne pouvait être une ressource fourragère occasionnelle en cas de sécheresse, valorisée par des animaux dont la rusticité (bovins et ovins de races locales) s'accommodait de ce fourrage grossier. Le souvenir ou la représentation culturelle que l'on en a renforce la signification pastorale du tout, de la grange et de son arbre, et donne à l'ensemble une valeur patrimoniale.
Des raisons utilitaires sont presque toujours celles qu'un agriculteur avance pour justifier le choix de planter ou de conserver un arbre dans un pré ou en bordure de pré, ou, en l'occurence, près d'une grange,  comme "ça coupe le vent", "ça fait de l'ombre au bétail". Il n'est pas interdit de penser que dans son for intérieur il peut être aussi motivé par des considérations esthétiques même si, et il faut le regretter, il ne les formule pas. L'arbre contribue à l'harmonie de l'ensemble. Le tout participe à la satisfaction que chacun peut éprouver quand il ressent cette harmonie. Aujourd'hui on appelle cela une aménité environnementale. Ces aménités qui correspondent aussi à une demande sociétale sont prises en compte sous forme de recommandations dans les règlementations agrienvironnementales. La photo ci-dessus prise à Germs sur L'Oussouet, le 12 février 2006, illustre cette dualité esthétique et fonctionnelle de la grange et du frêne, même sans feuillage .

  • Les granges foraines aujourd'hui
Sauvegarde et restauration
La Direction Départementale des Territoires en Hautes-Pyrénées a mis en ligne l'ensemble du cadre réglementaire relatif à l'aménagement des granges sous forme de fiches correspondant à 5 cas possibles. Ces fiches sont consultables via le lien qui précède.
L'usage agricole d'aujourd'hui
Cliquez pour agrandir l'imageCes granges sont aujourd'hui inadaptées à la mécanisation et aux exigences techniques de l'élevage actuel. Elles ne remplissent donc plus leurs fonctions passées. Elles peuvent toutefois servir d'abri aux animaux qui pâturent à proximité (vaches suitées, génisses de renouvellement et broutards en système allaitant, vaches laitières taries et génisses de renouvellement en système laitier) ainsi qu'au stockage de matériel, de balles rondes etc., c'est le cas pour la grange de la Coumette d'Arcos sur la photo ci-jointe sur laquelle on notera aussi dans le fond, la grange foraine de Barthe, restaurée par Alain Sanguinet.
Leur restauration qui conserve leurs attributs essentiels peut être jugée comme onéreuse pour un  exploitant, ou pire, sans intérêt,  car le manque de compréhension de leur valeur est malheureusement le cas le plus fréquent, aussi la situation de beaucoup est en péril. Mieux vaut sauver le bâtiment avec une couverture en bacs acier qu'argumenter sur la supériorité de l'ardoise et ne rien faire, et aller ainsi à la ruine.
Une prise de conscience de l'intérêt patrimonial des granges foraines et une sensibilité  à tout ce qu'elles représentent sur le plan culturel et environnemental sont donc nécessaires pour que soient consentis les dépenses et les travaux de conservation. 
Au bilan : un patrimoine rural et paysager à sauvegarder
Il n'y a  pas de quartier de village dans le canton de Lourdes-Est qui ne compte pas au moins une grange foraine au point qu'elles font partie de notre paysage familier dont elles sont des éléments structurants en même temps qu'une mémoire physique d'un passé paysan.
Le charme qu'elles dégagent, leur valeur esthétique et le témoignage qu'elles nous livrent d'une passé rural auquel on reste attaché, tout en étant activement engagé dans la modernité, leur confèrent une importante valeur paysagère et patrimoniale qu'il faut savoir voir et apprécier.

                                                                                    Roland DARRÉ

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Granges à Gez ez Angles, visibles depuis la route d'Arcizac à Gez : ce vallon qui se termine sur la route départementale de Lourdes à Bagnères a une très grande valeur paysagère. Les trois granges étagées, au centre, marquent et structurent un espace animé par les bovins à gauche. Les prairies dont les talus et les anciens fossés d'irrigation suivent les contours des pentes remplissent l'espace au premier plan, les bois et châtaigneraies au fond. Le tout témoigne de l'intensité du facteur humain dans l'aménagement de cet espace pensé et exploité harmonieusement par les générations paysannes qui y ont oeuvré : de  la beauté pure à préserver.



 

Restauration de granges en tant que bâtiments à usage agricole


Les travaux entrepris par Guillaume Moura et par Franck Azens pour la sauvegarde de deux granges foraines ont motivé la création de cette rubrique dédiée à ces bâtiments ruraux. Le délabrement de la toiture en était si avancé que la charpente était  déjà menacée ce qui allait entraîner la ruine du bâtiment à terme. Vous trouverez ici, en photos, un état de ces travaux en cours qui bien au delà du simple usage technique sont aussi destinés assurer la sauvegarde d'un patrimoine d'intérêt général.
  • Grange du Peyria à Bourréac : sauvegarde et rénovation par Guillaume MOURA (Maison Arcos à Bourréac)
Retrouvez sur Googlemaps la présentation et la situation géographique de la Grange du Peyria
La photo aérienne montrée sur Googlemaps date de 2006.

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Grange du Peyria, côté nord

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Grange du Peyria, entrée couverte

L'entrée couverte, quand elle existe, est orientée à l'est.  Elle permettait de loger le char et d'engranger le foin par le boucail lorsque la pluie ou l'orage menaçait.

  • Métairie de Maisongrosse à Sarsan (Lourdes) : sauvegarde et rénovation par Franck AZENS (Maison Pouzadé à Bourréac)
Retrouvez sur Googlemaps la présentation et la situation géographique de la  Métairie de Maisongrosse
La photo aérienne montrée sur Googlemaps (voir lien) donne une idée  de la situation à la date de la photo, en 2006.
  • Séquence photos réalisée le samedi 21 janvier 2012
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Au dessus de Sarsan

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  Façade sud

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Impressionnant pour l'observateur vu la déclivité de l'endroit à assurer ! Mais on a confiance dans le professionnalisme de l'entreprise Sanguinet Frères

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Pan nord avec couverture de bacs acier

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Hervé en action sur le toit, attention ça dégage !

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Guillaume Moura, électricien, et couvreur émérite



Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSSmercredi 30 août 2017